samedi 1 février 2014

Cavale, le roman. Les premières lignes...

Avant d'être une lecture musicale, Cavale est un roman disponible depuis 2012 dans la collection Court-métrage chez Oskar éditeur.
En voici les premières lignes... Si vous avez envie de lire la suite, rendez-vous en librairie.
"J’ai téléphoné ce matin. La voix à l’autre bout m’a répondu quatorze heures. La maison de santé est à vingt kilomètres. En pleine campagne. Sûrement des champs à perte de vue ou mieux, la forêt ou encore mieux, le bord de la mer. Mais près d’ici, faut pas compter sur la mer. L’océan, c’est plusieurs heures de voiture. J’ai cherché des photos sur Internet pour voir à quoi ça ressemblait mais j’ai rien trouvé. Juste l’adresse et le téléphone. J’ai peur de la retrouver toute petite, encore plus maigre que d’habitude, dans une robe de chambre sale. J’ai peur de pas la reconnaître ou qu’elle soit enfermée dans une cellule avec des matelas au mur pour pas qu’elle se fasse mal. J’ai peur de pas la trouver du tout. J’ai peur de pas la revoir. Peur qu’elle revienne plus. J’y serai dans une heure. J’ai un bon vélo. Dix-huit vitesses. Elle me l’a acheté pour mon passage en sixième. Je la vois encore le sortir de sa voiture.
— Paul, je crois que tu l’as bien mérité. Je suis très fière de toi.
C’est exceptionnel, les moments où elle se souvient qui elle est. Ma mère. Le vélo qu’elle sort du coffre, c’est une image à laquelle je dois m’accrocher dur. Un bon souvenir. D’ailleurs, à force, je me demande si j’ai pas inventé tout ça. Elle me l’a ramené pour mon passage en sixième, mais ça s’est peut-être pas passé comme ça, en fait. Ça lui ressemble pas cette phrase-là. Paul, je crois que tu l’as bien mérité. Je suis très fière de toi. Mais bon, c’est un détail. Les moments où elle se rappelle qui elle est, ma mère, faut s’en souvenir longtemps et s’y accrocher. C’est rassurant. Alors je m’accroche, mais c’est comme si j’étais suspendu à un rebord de fenêtre. Je sais pas combien de temps je tiendrai avant de lâcher et de m’écraser dix étages plus bas. Elle a disparu la semaine dernière. Cette fois, elle a failli s’envoler. Si elle part un jour, ce sera comme ça. Un jour elle sera là et le lendemain, plus personne. Là, ça a failli arriver. Je m’y attendais pas, même si j’ai compris depuis longtemps qu’elle était pas comme les autres. Ça plaît bien à mes copains qu’elle soit différente. Ils la trouvent marrante. Mais ils se rendent pas compte qu’à la maison, elle nous fait pas rire tous les jours. Et là pas du tout, forcément..."

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